Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un pigment bien particulier, le bleu charron ou bleu charrette, qui a donné son nom à une couleur bleue. Vous l’avez compris, c’est un bleu que l’on appliquait autrefois sur les charrettes. Il pouvait recouvrir aussi d’autres moyens de transport et certains éléments d’habitation. Les paysans l’utilisaient, en effet, pour se prémunir des insectes, dont il fallait bien protéger aussi les vaches et les chevaux. Le bleu fait certes partie des couleurs froides qui, contrairement au rouge, au jaune ou à l’orange, n’attireraient pas les bestioles. Le secret du bleu charron, cependant, réside ailleurs.

Dans l’Antiquité grecque et romaine, cette couleur ne compte pas. Or aujourd’hui, le bleu est la couleur préférée des Européens. Ce livre raconte l’histoire de ce renversement. À l’époque des rois mérovingiens, le bleu rentre dans la vie quotidienne, mais sans plus. Il faut attendre le XIIe siècle pour que le bleu prenne de l’importance. La lumière divine est bleue, alors que la lumière terrestre est blanche. Le bleu apparaît dans les vitraux et les émaux. La Vierge s’habille de bleu. Peu à peu le bleu s’impose à toute la société : couleur des rois, elle s’étend aux princes, puis aux nobles, et enfin aux membres de la bourgeoisie.