Le frêne

Un arbre de nos campagnes

Les frênes sont emblématiques du Carladez et de ses environs. Arbres utiles, ils sont partout, solitaires, ou alignés le long des routes et des champs. L’été, quand l’herbe se fait rare et que le foin manque, leurs branches nourrissent le bétail. Et merveille, malgré les coupes successives, les arbres têtards subsistent année après année ! Il est vrai que le Frêne a la vie dure et qu’il laisse peu de place à la concurrence. Les jardiniers en savent quelque chose, eux qui doivent pourchasser les jeunes pousses avant qu’elles ne deviennent trop difficiles à extirper. Et pourtant, depuis le début du XXIe siècle, le Frêne commun est menacé en France par la chalarose, une maladie causée par le champignon Chalara fraxinea. Comment imaginer sans lui les paysages des régions rurales du Sud du Massif central ?

branches de frêne coupées pour le bétail

Un arbre caractéristique

Le Frêne, comme l’Olivier ou le Lilas, appartient à la famille des Oléacées. Il existe une soixantaine d’espèces de frêne dans les zones tempérées de l’hémisphère Nord.  En Asie, on en compte une vingtaine, en Amérique du Nord, une quinzaine, en Europe occidentale, seulement cinq. En France, on trouve, à l’état naturel, le Frêne oxyphylle (Fraxinus angustifolia), aux bourgeons marron-jaune, très commun dans toute la région méditerranéenne, et plus au nord, le Frêne commun (Fraxinus excelsior), aux gros bourgeons noirs. Ce dernier peut atteindre 35 mètres de hauteur et vivre 200 ans. C’est un arbre élancé qui aime les sols frais et humides. Ses feuilles, de 5 à 11 cm de long, comptent un nombre impair de folioles, 7 à 13, vert foncé, au bord dentelé, au sommet pointu, et au-dessous plus clair et sans poils. Elles sont  directement rattachées au rameau. L’écorce est lisse, grise, et parfois parsemée de petites taches blanchâtres. En vieillissant, elle prend une teinte plus sombre et se fissure peu à peu. À partir de la trentième année, les fleurs apparaissent, petites et rougeâtres, sans enveloppe florale. Elles forment des grappes femelles, mâles ou bisexuées. Dépourvues de nectar, elles n’intéressent pas les abeilles, elles sont pollinisées par le vent. Les fruits sont des samares, des fruits secs comportant une seule graine ainsi qu’une excroissance en forme d’aile, qui mûrissent en grappes allongées. Deux espèces de frêne ont été introduites en France. Il s’agit du Frêne à fleurs (Fraxinus ornus), prisé pour son abondante floraison très odorante, et du Frêne blanc (Fraxinus americana), utilisé comme arbre d’ornement ou d’alignement. Ce Frêne américain ressemble beaucoup au Frêne commun, mais ses feuilles, de 6 à 15 cm de long, sont plus grandes, pétiolées et blanchâtres sur le dessous, d’où son nom.

Un arbre utile

Le bois de frêne est connu depuis l’Antiquité pour son utilité. Bois de chauffage, il permettait aussi de réaliser des flèches, des lances et des javelots. Dur et élastique à la fois, apte au cintrage, il était nécessaire aux charrons pour fabriquer les roues. De nos jours, il est encore utilisé pour la fabrication de cercles à fromage. Excellent bois de menuiserie, il est toujours recherché en ébénisterie. Réduit en copeaux, il sert de litière dans les stabulations. Les feuilles ne sont pas en reste ! En août et septembre, elles  fournissent un fourrage nutritif au bétail.  La durée entre deux interventions d’élagage varie de 5 à 15 ans. Les tailles répétitives finissent par former des cavités sur le tronc ou les branches, ce qui ne nuit pas forcément à l’arbre, la sève continuant à circuler, et profite grandement à la faune qui peut y trouver refuge (chouettes et pics, par exemple). Les hommes se servent aussi des feuilles pour se désaltérer ou se soigner. La frênette, boisson fermentée légèrement alcoolisée, remplaçait le cidre ou la bière dans les régions de frênes. Considérée comme la boisson des centenaires, elle était autrefois vendue en pharmacie pour ses vertus dépuratives. Le Frêne est particulièrement efficace contre la rétention d’eau et la prise de poids. Séchées, ses feuilles s’utilisent en infusion, pour leurs propriétés antalgiques et anti-inflammatoires. Le Frêne n’est pas seulement utile. Il a longtemps servi aussi à des fins récréatives, comme l’a bien montré une exposition qui lui a été consacrée par l’association l’épilobe. Au printemps, lors de la montée de la sève, bergers et enfants utilisaient son écorce pour fabriquer sifflets et cornets. L’été, ils réalisaient, à partir des jeunes pousses de frêne, de magnifiques cornes, afin  de constituer d’innombrables troupeaux de bovins.

Un arbre symbolique

Le Frêne est un arbre à forte valeur symbolique. Il représente la longévité, la force, la renaissance et l’apaisement. Dans les pays nordiques, le frêne Yggdrasill relie la terre et le ciel et survit à la fin du monde. De son bois, naissent un homme et une femme, ancêtres de l’humanité nouvelle. Chez les Celtes, le Frêne est lié à la guérison et à la magie. Les druides utilisent ses feuilles, son écorce et sa sève pour guérir le corps et l’esprit. Pour les Grecs, il est l’arbre de Poséidon et le lieu de résidence des Méliades, ces nymphes qui protègent enfants et troupeaux. Si le Frêne peut être assimilé, en Allemagne et en Afrique du Nord, à l’arbre du malheur, il est souvent considéré comme bénéfique. En France, beaucoup de localités ont choisi de se placer sous son ombre protectrice, ainsi Fraysse (Aveyron), Fresnes (Val-de-Marne), La Fresnaie-Fayel, Fresnay-le-Samson (Orne), Fresnay-sur-Sarthe (Sarthe), Fresnoy-le-Grand (Aisne) ou Fresnoy-le-Château (Aube).

Mon article doit beaucoup au livre de Guy Motel, Le frêne, Actes Sud, 1996.

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